Ils sont douze au total à briguer la fonction suprême en Guinée le 18 octobre prochain. Avec deux favoris : le sortant, Alpha Condé, 82 ans, et l’opposant Cellou Dalein Diallo. Seulement voilà, la plupart des opposants politiques guinéens ont décidé de boycotter cette présidentielle. Et la candidature de Cellou Dalein Diallo passe mal, à tel point que le collectif d’opposition FNDC l’a exclu de ses rangs, relate RFI.

« Le chef de file du premier parti d’opposition, l’UFDG, a pourtant longtemps plaidé pour le boycott du scrutin, rappelle Le Point Afriqueen résonance avec le FNDC. Depuis avril 2019, ce mouvement citoyen composé de partis d’opposition et d’acteurs de la société civile conteste dans la rue le maintien au pouvoir du président Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015. Ses membres ont d’ailleurs, dans leur grande majorité, appliqué le mot d’ordre du boycott, lors du double scrutin référendaire et législatif du 22 mars. » Et ils ont donc fait de même pour la prochaine présidentielle.

L’opposition déboussolée

Cellou Dalein Diallo désavoué par ses pairs. « Première secousse donc d’envergure dans l’opposition politique guinéenne, commente L’Observateur Paalga au Burkina, dont les répliques vont sans doute se ressentir au sein des partis pris individuellement. Les adversaires du président Condé étaient, il est vrai, divisés sur la conduite à tenir après la décision du locataire du palais de Sékoutoureya de négocier un troisième bail en vertu de la révision constitutionnelle. »

Et le quotidien ouagalais de s’interroger : « Fallait-il, à l’image de Sidya Touré de l’UFR, de Lansana Kouyaté du PEDN, de Faya Millimono du Bloc libéral et d’Alioun Bâ du MODEL, pratiquer la politique de la chaise vide pour laisser le professeur boire jusqu’à la lie la coupe de la forfaiture ou bien, au contraire, y aller, comme le fait Cellou Dalein Diallo, au risque de servir de faire-valoir et de légitimer du même coup un processus électoral fondamentalement vicié et un scrutin dont le résultat est connu d’avance ? »

Vers un scénario à la congolaise ?

Du coup, Ledjely en Guinéenous propose de faire un peu de politique fiction. Ledjely qui avance un arrangement à la congolaise. « Imaginons un scénario dans lequel Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo auraient un deal autour de la prochaine présidentielle. Deal qui expliquerait que le leader de l’UFDG et certains cadres du parti consentent finalement, contre la logique et le bon sens, à prendre part à l’élection du 18 octobre (…). Imaginons un tel arrangement, un peu à l’instar de celui que Joseph Kabila avait noué avec Félix Tshisekedi à la faveur de la dernière présidentielle en RD Congo. Il est vrai que le fait même d’entrevoir une telle possibilité relève d’une certaine folie, reconnaît Ledjely. Mais il faut admettre que certains agissements de nos acteurs politiques défient la raison. »

Le site guinéen précise sa pensée : « En allant à la présidentielle, Cellou Dalein n’a aucune garantie de l’emporter. Par contre, il a déjà la certitude d’y laisser des plumes en termes d’image. Qu’est-ce qui peut donc le décider à y aller quand même ? Et c’est là qu’intervient l’hypothèse de ce deal… improbable. Dans ce deal-là, que gagnerait Alpha Condé ? La légitimation de son troisième bail par son plus farouche des opposants. Et que gagnerait Cellou Dalein Diallo ? L’engagement qu’au lendemain de la présidentielle, une fois que les choses se seraient calmées, Alpha Condé dissoudrait l’Assemblée nationale pour convoquer des législatives et permettre ainsi à la vraie opposition de rejoindre l’hémicycle. »

« Une soif inextinguible d’en découdre »

Retour sur terre, avec WakatSéra : « Certes, la candidature de Cellou Dalein Diallo peut être perçue, à première vue, comme une caution au troisième mandat de Alpha Condé, pointe le site burkinabé, mais en réalité, elle peut fausser les plans de ce dernier qui comptait sans doute sur le boycott total de l’opposition pour accéder en roue libre à Sékoutoureya, le palais présidentiel guinéen. Toutefois, s’interroge WakatSéra, sans le soutien, pourtant nécessaire, des leaders de cette partie de l’opposition et de la société civile réunis sous la bannière du FNDC, quel sera le poids de Cellou Dalein Diallo sur cette élection du 18 octobre ? »

Ce qui est sûr, conclut Aujourd’hui, c’est « qu’entre les deux hommes persiste une soif inextinguible d’en découdre. « Outre la rue, nous devons empêcher Alpha d’avoir un troisième mandat dans les urnes », a martelé Dalein lors du dépôt de sa candidature. Le vrai défi sera aussi pour la Guinée, au-delà de cette bataille d’éternels rivaux, de tenir des élections apaisées et transparentes, acceptées par tous et sans violences. »

Legrand Thiès avec Sénégal 7