De manière cyclique (même si c’est jusque-là empirique), on peut être amené à constater que pendant chaque siècle, le monde a été frappé par une secousse d’une magnitude supersonique dont les ondes de choc se sont fait ressentir dans chaque continuum territorial à l’image de la Seconde Guerre mondiale vers la fin du 20e siècle et dont le prolongement immédiat fut la guerre froide. Chaque crise a semblé porter les bourgeons d’une remise en question d’un système obsolète et désuet voire d’un ordre préalablement établi. C’est sans doute dans cette logique que le monde a vu la prééminence d’un capitalisme triomphant dans les années 90 à la fin d’une longue lutte d’influence avec le socialisme. Depuis, le capitalisme en apothéose s’est imposé ou a été imposé dans le système monde comme le seul modèle de développement même dans les bastions du communisme orthodoxe avec son corollaire de la mondialisation.
Le Capitalisme se définit selon le dictionnaire critique « Les mots de la Géographie de Roger BRUNET et Cies comme 《 Un regime économique fondé sur l’accumulation et l’utilisation stratégique du Capital détenu par un nombre restreint de personnes et d’institutions…》
Le système capitaliste est ainsi un socle qui promeut la recherche du profit personel, l’individualisme societal et engendre par ricochet la création d’une classe oligarchique minoritaire. Par ailleurs le capitalisme et son pendant congénital, la globalisation se manifestent par la mise en place d’un marché mondial unifié ou centrifuge, d’une division internationale du travail, des délocalisations d’entreprises et entres autres de la mobilisation internationale des travailleurs. Ce qui rend les pays du globe interconnectés mais aussi vulnérables aux chocs endogènes et exogènes dont le dernièr en date qui nous sert de prétexte, la crise de la COVID-19 qui est à la fois sanitaire, économique et sociale, aussi complexe qu’on ne puisse l’analyser sous un seul angle.
C’est d’ailleurs la mobilisation internationale des personnes qui a rapidement hâté la propagation du virus de son épicentre d’essaim en Chine (atelier du monde) vers le reste du monde à la manière d’une bombe à fragmentation pour en faire une Pandémie.

Au demeurant il convient pour moi d’avoir un peu de toupet prétentieux pour faire le bilan du capitalisme en rapport avec mon titre. Ne faut-il pas humaniser le capitalisme?
Malgré les nombreuses opportunités qu’il peut créer, qu’il a déjà créées, force est de constater qu’il a profondément contribué à la dislocation des structures sociales.
Comme susmentionnés de prime abord, les objectifs du capitalisme restent antinomiques à un équilibre sociétal, il a reussi à creuser un fossé abyssal entre riches et pauvres si bien que les inégalités sociales semblent être « irrattratables » avec une courbe des riches qui toise les sommets de l’Everest et celle des pauvres qui concourt avec la fosse des Mariannes.
La définition secondaire de BRUNET le rend responsable de 《tous les maux des villes et campagnes》.
C’est à cet egard que l’ONG OXFAM dans son rapport 2019 nous braque les lumières sur les écarts selon lesquels ( 1% des habitants les plus riches ont deux fois plus de revenus que les 6.9 Milliards d’habitants), mieux (les 2153 milliardaires dans le monde détiennent plus d’argents que 60% de la population mondiale) ou encore (les 22 hommes les plus riches ont plus d’argent que toutes les femmes en Afrique).

Loin de s’arrêter à provoquer des déséquilibres riches-pauvres, le capitalisme s’est développé en reléguant en arrière plan le développement et l’épanouissement humain et en étouffant la respiration environnementale sur l’autel de l’égoïsme moral et l’avoir, voire le paraître. Christophe Rameaux de l’Université de Paris 1 Sorbonne le montre si pertinemment 《le capitalisme est le pourfendeur de la croissance humaine et durable, du bien-être inconditionnel et du bonheur collectif…Les soins hospitaliers, les services de santé et l’ensemble des services publics sont les victimes expiatoires du capitalisme néolibéral 》.
Il n’aura fallu que ce virus têtu pour mieux se rendre à l’évidence des contradictions saugrenues. Car les États dans une logique d’un mercantilisme sauvage s’étaient désengagés dans les investissements des services publics (Santé publique, Education) en tête de gondoles pour une privatisation et une sous-traitance à outrance. Mais aussi à des délocalisations dont la seule finalité ‘était l’aménuisement à des proportions benignes les facteurs et coûts de production. Mal leur en a pris, ils ont été confrontés à des défauts de production, même en masques et équipements de protection individuelle (comme le cas de la France) . Et les voilà dépassés par les flots qui les noient, les asphyxient dans un contexte de confinement et d’autarcie.
Au regard de la crise sanitaire, il n’est plus permis de douter que la construction des grands ensembles inhérents au capitalisme et à la mondialisation a laissé des ailes (pas seulement des plumes) et des séquelles. Les espaces aériens sont fermés, les pays de l’Union européenne( bloc le plus soudé) se sont recroquevillés sur eux mêmes, des contrôles douaniers rétablis entre eux malgré la sacro-sainte directive de la libre circulation et des taxes prélevées à la frontière (France-Italie exemple 135 Euros se plaignait un passager, JT euronews du 4 juin 2020 ). Ils se sont regardés même par endroit en chien de faïence quand l’Italie agonisante sur ses lits de mort était méprisée par ses partenaires de L’UE, le couple franco-allemand au banc des accusés. Outre Atlantique c’est le pays de l’oncle SAM d’un « nationaliste épidermique » qui se barricade à travers un projet de mur de séparatisme ( nouveau mur de la honte ) avec le Mexique son partenaire de l’Alena ( devenu AEUMC) et avec ses partenaires du Pacifique. Mais aussi de l’intérieur, sous un soubassement d’inégalités sociales engendrées par le capitalisme, la minorité des « pauvres noirs » (au propre comme au figuré) est asphyxiée jusqu’à la mort par un système très partisan sans évoquer les prestations sociales, assurances maladie et santé qui les a exclus nonobstant « l’obamacare ».

Sur le plan écologique comme du reste, le capitalisme a fini d’agresser l’environnement à la faveur de la création de richesses même s’il faut marcher sur « les tronc d’arbres  » ou même enfumer le poumon vert de la planète (J.Bolsonaro et l’Amazonie).
Les nombreux accords et protocoles (Kyoto, Copenhague, Paris) n’y ont rien fait, quitte à se soustraire de ces traités au profit du CAPITAL! le tout piloté par des « climato-sceptiques ».

En Conséquence de tout ce qui précède et qui ne represente que la face visible de l’iceberg, il serait d’une urgence vitale de repenser ce modèle trop sélectif, trop autodestructeur, et déshumanisant comme le pense Bruno Le Maire, Ministre français de l’économie 《 Il faut un nouveau capitalisme plus respectueux des personnes, plus soucieux de lutter contre les inégalités et plus respectueux de l’environnement…》
Sous ce postulat il me semble qu’il faille inexorablement retrouver ce modèle qui replace l’homme comme priorité absolue dans les programmes et politiques de développement en élevant au rang de supériorité l’Education et la santé les deux viatiques du fondement consolidant de toute nation épanouie. Dans ce sens la Chine qui a reussi un dosage socialisme-capitalisme, la Russie héritière de l’Union socialiste soviétique, Cuba et son socialisme humain ont semblé nous servir de laboratoire en ayant mis sous perfusion un momant les grands pays capitalistes le temps d’une crise respiratoire.

《Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre.》Claude Levy Strauss

Birane DIOP, Géographe Physique, Chercheur Junior.
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