Il y a des réformes structurelles qui doivent se faire dans le système de formation en santé et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à travers l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OAS), a travaillé sur le plan paramédical, pour harmoniser les curricula de formation et la dénomination des diplômes. Il a été demandé à tous les Etats d’appliquer désormais le système Licence Master Doctorat (LMD). Mais aujourd’hui note certains acteurs interrogés, tous les pays l’ont appliqué sauf le Sénégal, qui continue traîne encore les pieds. « Cela veut dire que notre système n’est plus aux normes, car les autres parlent unanimement de Licence, Master, Doctorat et les acteurs demandent l’application de cette directive que le Sénégal a pourtant ratifiée », tonne Méissa Diouf porte-parole du collectif des enseignants des écoles publiques de formation en santé. Pour lui, le refus de cette application est lié à des raisons pécuniaires parce que la division formation du Ministère tient à l’organisation des examens, qui draine beaucoup d’argent, car chaque étudiant du privé verse 20.000 Fcfa, compte non tenu du budget dédié. C’est ainsi qu’ils ne veulent pas lâcher cet argent et à cause aussi du business autour de la formation, ils ne veulent pas être aux normes et normalement depuis 2009, tous les systèmes de formations devaient être alignés au LMD, et leur rattachement à l’enseignement supérieur. Pour Cheikh Seck kinésithérapeute à l’hôpital Idrissa Pouye, secrétaire général du syndicat démocratique des travailleurs de la santé et du secteur social, affilié à la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal, Forces du Changement (CNTS/FC). La non-mise en œuvre totale du système LMD est même une aberration car le monde est universel et le plan de carrière est l’élément le plus fondamental par rapport à un praticien. Parce que ce n’est pas seulement pour lui, mais cela lui permet de mieux prendre en charge ses propres malades.

« LA FRANCE N’EST PAS UNE REFERENCE EN MATIERE MEDICALE »

Cheikh Seck poursuit, « aujourd’hui, on a l’impression que la nécessité d’une application effective du système LMD est une revendication alors qu’il n’en est rien, pour la simple raison qu’elle est appliquée dans tous les pays du monde. Au Sénégal, les gens ont tendance à penser que dans le secteur de la santé, il n’y a qu’un seul corps, celui des médecins. Pourtant le médecin, qui est un clinicien, qui a du reste du mérite, ne peut pas faire le travail lui seul. S’il établit un diagnostic sur la base des signes et des symptômes, pour suspecter telle maladie, il faut nécessairement des examens para cliniques pour confirmer le diagnostic et ce n’est pas le médecin qui les fait. Si c’est au niveau du laboratoire par exemple, c’est le biologiste qui les fait et les exemples se comptent à la pelle. Après avoir fait le diagnostic également, le médecin établit son bulletin de soin, et ce n’est pas lui, qui injecte les malades, qui prend les prélèvements pour les analyses.

C’est là un travail dévolu à l’infirmier. Donc il s’agit d’une équipe et chacun a son plan de carrière. Et contrairement à ce que pensent certains, l’infirmier n’est pas le subalterne du médecin, ils sont des collaborateurs. Nous avons été colonisés par la France, qui n’est pas une référence en matière médicale et c’est le drame que nous subissons jusqu’à présent ». Avant 2009 dit-il, la décision a été prise d’harmoniser les curricula de formation dans l’espace de la Communauté Economiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pour avoir les mêmes programmes de formation. Il a été demandé à tous les pays de la CEDEAO et de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) de former à partir de la licence et du master et que ceux qui n’ont pas d’écoles en doctorat essaient de les ouvrir ou de signer des conventions avec d’autres pays.

C’est aujourd’hui à l’en croire, ce qui se passe dans tous les pays sauf au Sénégal et c’est parce que notre système est parasité par des étrangers. Il révèle qu’il y a 5 ans, parmi ceux qui géraient à la direction des ressources humaines où il y a également la division de la formation, il n’y avait qu’un seul infirmier, tout le reste était des instituteurs, d’anciens instituteurs, des anciens psychologues, etc. et non des agents de santé. Pour lui, c’est impossible de gérer les carrières de personnes alors qu’on même pas de ce corps. Plus grave encore soutient-il, ils ont bénéficié de la complicité de certains syndicalistes, qui ne sont intéressés que par l’argent. Selon lui, sur le plan du contenu de la formation et des compétences, le Sénégal n’a rien à envier aux autres, ce qui reste c’est que les gens matérialisent par des actes. Quand les collègues du Niger veulent déposer leurs dossiers dans certains pays, on leur demande leurs diplômes, licence ou master et en même temps l’option, c’est clair et net. Mais si c’est le Sénégal on met par exemple diplôme, administrateur des services, or ce diplôme est inconnu des Canadiens. Même si les programmes sont identiques, l’appellation du diplôme pose problème

MEISSA DIOUF PORTE-PAROLE COLLECTIF DES ENSEIGNANTS EN SANTE
« Les syndicalistes retraités sont disqualifiés, pour gouverner le système de santé »

Méissa Diouf porte-parole du collectif des enseignants des écoles publiques de formation en santé et par ailleurs coordonnateur de la convention des professionnels de la santé, qui regroupe les enseignants du public comme du privé, les syndicats, l’amicale des étudiants, la société civile a d’abord asséné ses vérités à l’endroit des syndicats.

Il déclare, « des syndicalistes retraités ne peuvent plus gouverner le système de santé, ils sont disqualifiés pour donner quelque orientation que ce soit. Un syndicaliste retraité doit aller se reposer. Malheureusement certains syndicats sont dirigés par des retraités. C’est parce que certains d’entre eux émargent chaque mois, au niveau du Ministère de la Santé dont ceux qui se disent majoritaires ».

En ce concerne le système LMD, il révèle que l’Etat du Sénégal a déjà pris les lois et décrets nécessaires pour son application. Il ajoute, « mais aujourd’hui le problème se situe au niveau du Ministère de la Santé, qui refuse de procéder à l’application des textes dans ce domaine. Il ne faut pas qu’il y ait une confusion. On ne parle pas de corps d’accueil, mais de dénomination des diplômes. Dans le supérieur il y a trois grades, en l’occurrence la licence, le master, le doctorat et il n’y a nulle part administrateur de soins. Ce que nous voulons c’est l’application de ces trois grades dans le système de la formation en santé, à l’instar des autres pays de la CEDEAO.

C’est parce que nous voulons une mobilité de nos apprenants, ce qui est impossible si le système LMD n’est pas appliqué. Tous les pays ont appliqué les directives de la CEDEAO sauf le Sénégal. Le Ministère de la Santé doit savoir que sa vocation n’est pas de former, une tâche dévolue à l’enseignement supérieur, mais de s’occuper de la formation continue de ses agents. Le problème ne se situe pas dans la création de corps au niveau de la fonction publique, mais dans la dénomination des diplômes ». Il a par ailleurs demandé le retrait du projet de décret qui a complètement changé l’intitulé des diplômes avant de regretter qu’un projet de décret parle de modification du fonctionnement et de l’organisation de l’ENDSS alors que ni la direction, encore moins les enseignants ne sont au courant.

BABACAR GUEYE CHARGE DES REVENDICATIONS DES DIRECTEURS D’ECOLES PRIVEES EN SANTE
« On ne peut pas dire que le système LMD n’est pas appliqué au Sénégal »

Babacar Guèye chargé des revendications du Syndicats des Directeurs d’Etablissements Privés en santé est moins radicale sur la question. « On ne peut pas dire que le système LMD n’est pas appliqué au Sénégal » souligne-t-il. D’après lui, depuis la directive de l’UEMOA en 2007, demandant à tous les Etats d’appliquer le système LMD dans la communauté, le Sénégal a signé tous les textes réglementaires permettant d’être dans ce système. En ce qui concerne spécifiquement la santé, il s’agit d’une recommandation de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OAS), à la suite d’un travail qui a été mené dans tous les pays. Mais le constat est qu’il n’y avait pas les mêmes contenus de formation partout et les diplômes n’avaient pas les mêmes dénominations. Et le secrétariat international des infirmiers et infirmières de l’espace francophone organisation avait mené une étude en 2010 pour constater qu’il n’y avait pas le même diplôme d’un pays à l’autre et un travail a été fait dans ce sens pour harmoniser. Maintenant, les Ministres de la Santé de l’espace se sont réunis pour adopter le système LMD et injonction a été faite à tous les pays de l’appliquer à partir de 2010, après une réunion tenue à Freetown. Selon Babacar Guèye, le Sénégal a eu des retards dans ce sens puisqu’il a commencé à l’appliquer en 2014. Mais le Ministère de la Santé a même donné aux établissements le curricula de la formation et la troisième promotion va bientôt sortir. Mais pour lui, le problème des techniciens supérieur en santé s’est posé avec les syndicats du secteur, qui veulent que ce corps soit créé dans la fonction publique et traduit dans la formation, ce qui pose problème. Selon lui qui dit LMD, dit trois grades en l’occurrence la licence, le master, le doctorat et dès l’instant qu’on est dans ce système, tous les diplômes doivent s’obtenir à partir de ces 3 grades.