Souvenez-vous de Mamadou Dia, _né le 18 juillet 1910_ à _Khombole_ au Sénégal, mort le 25 janvier 2009 à Dakar. Il était un homme politique sénégalais qui fut le Président du Conseil du Sénégal de _1957 à 1962. Il est l’un des principaux protagonistes de la crise politique de décembre 1962 qui l’opposa à Léopold Sédar Senghor.

*Crise politique de 1962.*
Alors que le Président du Conseil, Mamadou Dia, incarne le sommet de l’État dans un régime parlementaire bicéphale de type quatrième République _(a politique économique et intérieure pour lui, la politique extérieure pour le Président de la République),_ ses relations avec *Léopold Sédar Senghor* s’enveniment peu à peu.
Le conflit repose essentiellement sur la politique économique du gouvernement et le sort à réserver aux députés _« affairistes »_ ayant commis de *nombreux abus.* _*Ces députés* s’étaient octroyés, des augmentations de salaire, avaient pris des crédits dans des banques (qu’ils ne remboursaient pas) et des actions dans des sociétés anonymes, directement ou par l’intermédiaire de leurs femmes ou de leurs enfants._
Tout ceci était contraire à la ligne politique du parti. *Mamadou Dia* leur demanda à plusieurs reprises de rembourser leurs crédits et de rendre leurs actions, mais en vain.

De plus, le _08 décembre 1962,_ le *Président du Conseil, Mamadou Dia,* prononce un discours sur _« les politiques de développement et les diverses voies africaines du socialisme »_ à *Dakar* ; il prône le *« rejet révolutionnaire des anciennes structures »* et une *« mutation totale qui substitue à la société coloniale et à l’économie de traite une société libre et une économie de développement »* et revendique une sortie planifiée de l’économie arachidière.
_Cette déclaration, à caractère souverainiste, heurte les intérêts français et inquiète les puissants marabouts qui interviennent dans le marché de l’arachide._

Cela motive *Senghor* à demander à ses amis députés de déposer une motion de censure contre le gouvernement. Jugeant cette motion irrecevable, *Mamadou Dia* tente d’empêcher son examen par l’Assemblée nationale au profit du *Conseil national du parti,* en faisant évacuer la chambre le *17 décembre 1962* et en faisant empêcher _son accès par la gendarmerie._ Malgré ce qui est qualifié de *« tentative de coup d’État »* et _l’arrestation de quatre députés, la motion est votée dans l’après-midi au domicile du président de l’Assemblée nationale, *Lamine Guèye.*_

*Mamadou Dia* est arrêté le lendemain par un détachement de paras-commandos, avec quatre autres ministres *(Valdiodio N’diaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall)*.
Ils sont traduits devant la *Haute Cour de justice* du *Sénégal du 09 au 13 mai 1963* ; alors que le procureur général ne requiert aucune peine, il est condamné à *la prison à perpétuité tandis que ses quatre compagnons sont condamnés à 20 ans d’emprisonnement ;* ils seront détenus au centre spécial de détention de *Kédougou (Sénégal oriental).*

Le procureur général de l’époque, *Ousmane Camara,* revient sur le déroulement du procès dans une autobiographie publiée en *2010* : _« Je sais que cette haute cour de justice, par essence et par sa composition, (ndlr : on y retrouve des députés ayant voté la motion de censure), a déjà prononcé sa sentence, avant même l’ouverture du procès (…) La participation de magistrats que sont le *Président (Ousmane Goundiam),* le juge d’instruction *(Abdoulaye Diop)* et le procureur général ne sert qu’à couvrir du manteau de la légalité une exécution sommaire déjà programmée »._

Lors de leur incarcération, des personnalités comme *Jean-Paul Sartre,* le *pape Jean XXIII* ou encore *François Mitterrand* demandent leur libération. Mais *Senghor* reste sourd *jusqu’en mars 1974,* année à laquelle il décide de les gracier et de les libérer. Ils sont amnistiés en *avril 1976,* un mois avant le rétablissement du multipartisme au Sénégal. Parmi leurs avocats durant cette période, on compte *Abdoulaye Wade* et *Robert Badinter.*

Aujourd’hui encore *cet épisode dramatique de l’histoire du Sénégal* reste un sujet délicat car beaucoup considèrent cet événement comme la première véritable dérive politicienne de la part de *Senghor,* dans un pays qui passait alors pour un modèle de démocratie.

Le *17 décembre 1992*, soit _30 ans_ après les événements, le *Général Jean Alfred Diallo*, _nommé Chef d’État major par Senghor_ au moment des événements en remplacement du *Général Amadou Fall* et homme clé de ces événements, déclara : _« Mamadou Dia n’a jamais fait un coup d’état contre Senghor … l’histoire du coup d’état, c’est de la pure fabulation »._

Malgré l’échec de son retour en politique, *Mamadou Dia* conserve une place intellectuelle et morale au *Sénégal.*
Peu rancunier, il manifeste une profonde tristesse lors de la mort de *Senghor* et dénonce avec virulence, durant ses dernières années, le libéralisme économique pratiqué par son ancien avocat, le *Président Wade.*

Il était également un grand ami de *Serigne Abbas Sall* de *Louga.*

Malgré les annonces successives de la révision du procès de *Mamadou Dia et de ses co-accusés* par *Abdoulaye Wade* au cours des *années 2000,* cet épisode dramatique de *l’histoire du Sénégal* reste un sujet délicat car de nombreux politologues et historiens considèrent cet événement comme *la première véritable dérive politicienne du _régime Senghorien._*

*REPOSE EN PAIX MAODO*